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Alexandre Chartogne, messager de la vigne

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Publié le 17 novembre 2015
À seulement trente-deux ans, Alexandre Chartogne donne une nouvelle lecture de la Champagne. Plus qu’un nom, il nous livre une véritable cartographie de son terroir situé sur les massifs de Merfy et de Saint-Thierry.
L’ACCORD Parfait d’Arnaud Lallement
« Les champagnes d’Alexandre Chartogne sont des vins gourmands qui dégagent beaucoup de rigueur, avec une belle vivacité. Je partirais donc sur un crustacé avec très peu de cuisson pour avoir à la fois le côté moelleux et gourmand de la chair. Pourquoi pas une langoustine ! »

Face aux grandes maisons de champagne, les vignerons n’ont pas dit leur dernier mot. Propriétaires de la quasi-totalité du vignoble champenois, ils sont plus de quinze mille à se partager les quelques trente-quatre mille hectares que compte l’appellation. Parmi eux, Alexandre Chartogne bouscule la nouvelle génération. À seulement 32 ans, le viticulteur a fait de son vin l’héritier d’une longue histoire vigneronne. « Reconnu parmi les meilleurs champagnes du moment, il faut se battre pour lui décrocher quelques bouteilles » nous confiera le chef de l’Assiette Champenoise***, Arnaud Lallement. Si le vigneron ne fait pas de traitement de faveur, c’est bien parce qu’il ne cède pas aux caprices modernes de la viticulture intensive. Proche de la biodynamie, chacun de ses gestes est minutieusement étudié pour permettre aux sols de livrer leur identité. Résultat, le nom du vigneron disparaît face à celui du terroir qu’il abrite. « Avec Alexandre, nous sommes sur la même longueur d’ondes. Ce n’est pas son champagne, c’est celui de sa vigne. Pour ma part, je suis juste de passage dans la maison qui a été fondée par mon père ».

AUTOUR DU MONDE
L’export dope les ventes Avec près de 92 % de sa production totale exportée, les champagnes Chartogne-Taillet font figure d’exception dans le rang des petits producteurs qui selon les données officielles* ne représenteraient que 13 % du volume global des exportations. Parmi les pays les plus friands, le Japon, les États-Unis et le Royaume-Uni arrivent en tête.

VIE SOUTERRAINE
Entre Arnaud et Alexandre, l’histoire des deux amis a commencé par un très gros coup de cœur du cuisinier. « Après une dégustation avec des amis vignerons, j’ai appelé Alexandre pour lui dire que j’aimerais beaucoup avoir ses vins sur notre carte. Réciproquement, il m’a répondu qu’il aimerait beaucoup avoir ses vins chez moi ». Pour comprendre comment il travaille, c’est chez lui, dans le village de Merfy au nord-ouest de Reims, que nous nous rendons. Alors que la visite commence en cave, parmi les deux cents fûts stockés par le vigneron, nous allons vite comprendre que le savoir-faire du jeune homme repose sous une autre roche. Étalées sur pas moins de douze hectares, les vingt-six parcelles du domaine profitent de l’immense diversité géologique des sols : calcaire du Lutétien, sables cuisiens, argile du Sparnacien, grès, craie du Campanien, sables du Thanétien… léguant un témoignage singulier. Pour Alexandre Chartogne, la clé d’un bon champagne réside dans le mono-parcelle, allant même parfois jusqu’à l’utilisation d’un seul cépage par cuvée. « Je ne vous dirai certainement pas qu’ici, à Merfy, faire un grand champagne réside dans l’assemblage de différents vignes et vins. L’assemblage a ses avantages mais de par sa généralisation, on a perdu une dimension de compréhension de nos sols ». À chaque pas qu’il réalise dans ses vignes, le jeune homme n’a qu’une obsession en tête, conserver la vie qui grouille sous ses pieds. Pour cela, il s’oppose aux pesticides, désherbants et autres engins thermiques qui tassent la terre et bloquent le passage des sels minéraux par le ruissellement de l’eau jusqu’aux racines. Pour lui, cette constatation relève tout simplement du vivant, « la nature ne nous a pas livré la puissance nécessaire pour compacter le sol avec nos pieds ». Afin de ne pas désorganiser la faune et la flore, Alexandre a fait appel à deux acolytes, Saumur et Tarzan qui, avec leurs sabots, labourent la terre et récupèrent les raisins cueillis à juste maturité.

Alexandre Chartogne
Alexandre Chartogne
© Arnaud Dauphin Photographie
Cave à champagnes
Cave à champagnes
© Arnaud Dauphin Photographie
Le Champagne ce n’est pas la bulle, c’est avant tout une texture, une mâche, un mordant, une gourmandise
Alexandre Chartogne

FRUIT DE LA RÉCOLTE
étape cruciale, les vendanges sont à la fois une source de joie mais aussi de stress pour le vigneron. C’est ce qu’Alexandre Chartogne va apprendre au fil des années. Pour se rassurer, c’est vers son ancien mentor, Anselme Selosse, qu’il va se tourner. « Il m’a appris à voir le verre à moitié plein. Il me dira que c’est en souriant que l’on a la pleine mesure de nos gestes ». Quelques jours avant la récolte, la tension est à son comble. Le viticulteur est dans ses vignes et guette l’instant propice pour se lancer. Pour ne pas risquer le faux départ, notre hôte a sa propre méthode qui relève des signes qui ne trompent pas, « le premier réflexe est de goûter le fruit. Le croquant du pépin et sa couleur font partie des éléments que je contrôle. Si la mâche de la pellicule externe développe une astringence, c’est le signe d’un léger manque de maturité ». C’est ensuite un long voyage qui se prépare pour pouvoir retranscrire la texture, la chaleur, la richesse, l’humidité et l’exposition de la roche. Au premier abord, c’est l’aspect joyeux et fruité du fruit qui apparaît. Puis, c’est le côté minéral et salin qui vont venir donner de l’intensité et du caractère. « Faire ressortir la densité d’un vin, c’est finalement ce qui m’intéresse le plus ». Pour cela, chaque vin s’épanouit dans le contenu qui lui est le plus favorable : fût en chêne basse ou moyenne chauffe de manière à limiter l’influence du bois sur les vins les plus sensibles, cuves en inox et foudre en béton – pour permettre une plus grande expression du nez – réduisent là encore l’impact de l’homme.

RECORD
Champagne à gogo Afin de transformer leur vin tranquilles en champagne, les vignerons procèdent à la seconde fermentation, dite méthode champenoise. Durant la phase de dégorgement, les bouteilles sont ouvertes afin de retirer les lies et d’ajouter ou non une liqueur de dosage. Lors de cette étape, la pression expulse entre 40 et 50 litres de champagne pour 10 000 bouteilles, soit l’équivalent de 67 bouteilles perdues.

L’HOMME INVISIBLE
Pendant huit à dix-huit mois, le vin va ensuite effectuer une première fermentation naturelle avant d’être mis en bouteille sans filtration. À ce moment-là, le vigneron champenois rajoute des levures et du sucre pour procéder à la seconde fermentation qui apportera au vin son caractère effervescent. Après une phase de repos s’étalonnant de deux à parfois plus de huit ans, Alexandre Chartogne procède au dégorgement, étape durant laquelle il extrait les lies et incorpore la fameuse liqueur de dosage – mélange de vin et de sucre de canne qui détermine le caractère doux ou brut d’un champagne. Si son ajout ne posait aucune question il y a quelques années, aujourd’hui il suscite un véritable parti pris. Partisan du dosage avec ajout de liqueur, notre hôte justifie sa position en rappelant que le champagne possède une effervescence susceptible d’apporter une légère acidité en bouche. Pour trouver le bon dosage, c’est en compagnie de son entourage qu’il procède. Autour d’une table, le vin est dégusté à l’aveugle par des femmes, des hommes, des spécialistes, des fumeurs… afin d’obtenir la recette la plus fidèle au terroir de Merfy. « Le champagne, ce n’est pas la bulle, c’est avant tout une texture, une mâche, un mordant, une gourmandise, une impression de textile qui donnent au vin son caractère extraordinaire ». Après encore six mois de patience et de repos, le travail du vigneron sera à son apogée. Vous l’aurez donc compris, vous ne dégusterez pas ici un nom, mais bien le goût et la passion d’un homme pour ses terres. « Si l’on vient dire que mon champagne a le goût  » Alexandre Chartogne « , c’est que j’ai fait une erreur quelque part. Je veux que vous soyez surpris par la réalité et non par les performances d’un élevage ».

Itinéraire en Champagne
La sélection d’Alexandre Chartogne

 

Champagnes
Champagnes

Les Couarres 2010

Pourquoi il l’aime Le sous-sol argileux et les roches sédimentaires de cette parcelle en font un champagne généreux, onctueux et opulent, idéal pour les fêtes.
La recette 60 % pinot noir, 40 % chardonnay, parcelle Les Couarres
Robe Jaune doré
Arômes Floral, amande, fruits de la passion, coing
En bouche Enveloppe large et mielleuse
Prix 44,95 €*
Dégustation Vin d’apéritif, cuisine thaï, galette des Rois

 

Couarres Châteaux 2010

Pourquoi il l’aime Plantée sur un sol calcaire crayeux, cette cuvée est la première représentation de la parcelle de Couarres Château. Elle se distingue par son côté très minéral.
La recette 100 % pinot noir, parcelle Couarres Château
Robe Jaune doré, légèrement orangé
Arômes Iode, sel
En bouche Accroche les joues pour les mordre, tension palpable
Prix 47,95 €*
Dégustation Coquilles Saint-jacques, poissons en sauce, vin d’apéritif

 

Cuvée Orizeaux 2010 Extra-Brut

Pourquoi il l’aime Déjà connue aux alentours du XVIIIème siècle, cette parcelle produisait à l’époque des vins tranquilles. Il aura fallu attendre l’année 2007 pour qu’elle soit remise au goût du jour avec une seconde fermentation.
La recette 100 % pinot noir, parcelle Orizeaux
Robe Jaune paille, orangé
Arômes Agrume, orange sanguine, sous-bois
En bouche Enveloppe gourmande, mâche soyeuse, caudalies marquées
Prix 49,95 €*
Dégustation Comté, tomme de Savoie, chèvre frais, viandes en sauce