La Tour d’Argent

tour d'argent
L’Histoire de la Tour d’Argent

Au bord du fleuve Seine, au coeur du vieux Paris, voisine de Notre-Dame et bâtie de la même pierre de Champagne aux reflets argentés, il était une fois une Tour… L’histoire commence à la manière d’un conte de fées. Nous sommes en l’an de grâce 1582, au temps du bon roi Henri IV, des fêtes italiennes du Louvre, des pourpoints à manches ballonnées et des premières fourchettes.

Un hôtelier du nom de Rourteau décide de fonder, entre la Seine et le couvent des Bernardins, une auberge élégante pour accueillir les seigneurs du roi, las de hanter les tripots et les coupe gorges. Il la bâtit en style Renaissance, de cette pierre claire de la région de Champagne, pailletée de mica qui lui valut son nom : ainsi naît, au coin du quai de la Tournelle et d’une petite rue à laquelle le Cardinal Lemoine n’a pas encore donné son nom, l’Hostellerie de la Tour d’Argent, dès son origine vouée aux festivités élégantes, au bien-vivre et au bien manger. Elle a son blason, qui demeure : « une tour crénelée sur champ de gueules ».

Le roi s’y arrête parfois après la chasse et, un beau jour, remarque intrigué à une table voisine les Vénitiens piquer leur viande avec de petits instruments pointus que les valets sortent de leurs écrins. Ravi, il ordonne à son entourage la commande de cet objet ravissant, au manche très finement ciselé. L’usage de la fourchette en France est officiellement consacré. L’Hostellerie de la Tour d’Argent devient l’endroit à la mode, rendez-vous des seigneurs et des courtisans aspirant au raffinement et aux plaisirs des sens.

Dès le début la Tour d’Argent fait de la préparation des volailles sa spécialité. Henri IV y déguste la poule au pot et le pâté de héron. Ces mets délicieux valent au chef Rourteau l’honneur du roi : il peut désormais ajouter à son titre d’hôtelier celui de « cuisiner-oyez-traiteur », et aux armoiries de la Tour celle de sa cuisine « d’argent à un plat couvert de sable accompagné de trois couronnes de lierre, de sinople, deux en chef et une en pointe. »

Si Louis XIII pourtant curieux de cuisine ne visite pas la Tour d’Argent, et si les mousquetaires qui la hantent ne sont, paraît-il, que ceux d’Alexandre Dumas, les courtisans du roi Soleil viennent volontiers de Versailles à la Tournelle. Le Cardinal de Richelieu apprécie les spécialités du temps, l’oie aux pruneaux et la Galimafrée, l ‘ancêtre du Poulet marengo. Hors de la présence du Cardinal, les grands de l’époque tels le duc de Luynes, grand favori du roi, et de nombreux gentilshommes provinciaux se battent volontiers en duel. Les archives témoignent que l’on ferraille dur près de l’hostellerie, souvent même pour trouver une table.

Le jeune duc de Richelieu, petit-neveu du Cardinal, choisit la Tour pour impressionner ses convives. Il fait accommoder un boeuf entier de trente façons différentes et offre pour la première fois le café aux quarante convives qu’il a réunis pour un repas resté célèbre par son abondance et son originalité.

Le XVIIIème siècle est un siècle de réforme culinaire. Comme pour le droit ou la philosophie « Les Lumières » décident de remettre en cause les fondements de la cuisine traditionnelle au profit d’une cuisine de raffinement. La Tour d’Argent prend le virage de ce nouvel art de manger et de vivre. L’établissement se transforme à l’image de sa cuisine. Vers 1770, la carte fait son apparition sur les tables. Un personnel très spécialisé travaille maintenant dans ses cuisines, un luxe jusqu’alors réservé aux hôtels particuliers.

tour d'argent

Dès lors plus d’un siècle durant, on célèbre incessamment à la Tour les noces de la chère et de l’esprit. Tout ce que Paris compte de gourmets et de mondains, d’abbés de cour et de galants chevaliers, de princesses alanguies et de marquises dont les beaux yeux font mourir d’amour, s’y donnent rendez-vous. Incessamment, le futile y devient cérémonial, la débauche y trouve son style. Au « Procope » on tourne l’épigramme, à la Tournelle le madrigal.

Mais la Tour d’Argent est proche de la Bastille. En revenant de prendre celle-ci, les hommes du 14 juillet malmènent celle-là. On brûle son blason, on la saccage un peu, on emporte quelques souvenirs. Classée « bien d’émigrés », la Tour d’Argent est vendue à l’encan. Les vins qui avaient fait les délices d’une société raffinée et décadente sont pillés et bus en place de Grève, toute proche, à la santé de la République.

Après des années de fermeture, Lecoq, cuisinier personnel de Napoléon, rachète le restaurant. Grâce à lui, la Tour dont il ne reste plus grand chose à part sa légende retrouve son prestige. Les sauces prennent des noms de victoires : Valmy, Marengo, Magenta. Et, une fois encore, les puissants du jour se déplacent pour se régaler à la Tour. Effort d’autant plus louable que les quartiers chics se sont déplacés vers la rive droite et que la concurrence devient vive.

Sous le second Empire, la Tour d’Argent ne se contente pas d’être un des hauts lieux de la gastronomie parisienne, elle est aussi le théâtre d’imbroglios galants qui ont pour décor les salons du premier étage. Les héros ne manquent pas : le duc de Morny, Lord Seymour, Celeste Mogador ou encore Léonide Leblanc. Napoléon III vient –discrètement- y retrouver Marguerite Belanger. Lecoq se voit même parfois obligé de prêter main-forte à ses habitués. Il costume ainsi la comtesse Le Hon pour la soustraire à la jalousie de son mari, banquier de l’Empereur Napoléon III.

Le monde des lettres fréquente aussi la Tour : Georges Sand, Musset, Alexandre Dumas, Balzac « qui regrettait de ne pouvoir s’y rendre plus souvent, car, disait-il, il faut réserver son couvert plusieurs soirées à l’avance.

La Tour prend son visage du XXème siècle sous la férule de Frédéric. Il rachète la Tour à Mr Paillard qui au début de la IIIème République avait succédé à Mr Lecoq. Il impose son autorité de fer. Il connaît bien la Tour puisqu’il y est premier maître d’hôtel depuis des années. Il ressemble à un Daumier : de grands favoris poivre et sel, des petites lunettes cerclées d’acier, une mise impeccable et, dit-on, un caractère impossible. A son actif, nous pouvons mettre de très nombreuses créations culinaires.

tour d'argent

Taquiner l’ablette sur la berge voisine est bien l’unique passe-temps de ce dictateur de la restauration. D’un sérieux imperturbable et d’une nature renfermée, notre personnage ne ressemble en rien au cuisinier gourmand, la mine joviale et le tablier maculé. Non. Il cuisine en redingote. S’il juge que le client en vaut la peine, il accoure, retrousse les manches de sa jaquette, et se livre lui-même à cet exercice de virtuosité dont il est justement fier : découper à bout de fourchette, sans lui faire toucher le plat, le canard fameux, son canard.

Car c’est bien à Frédéric que l’on doit la recette du « caneton Tour d’Argent ». Avant lui on a sans doute déjà préparé des canards au sang ; Mais c’est lui qui crée dans ses moindres détails le rite et la technique de ce sacrifice culinaire que l’on a pratiqué depuis, à la « Tour », sans interruption. Certain que son oeuvre lui survivra, il décide de donner à chaque canard servi, un numéro. Cette tradition remonte à 1890. Jugez du succès : aujourd’hui la Tour d’Argent va fêter le sacrifice de son millionième canard.

On l’a compris : Frédéric ne plaisante pas avec le sérieux de son art. Les clients, à son idée, doivent partager ce respect de la grande cuisine. Cet homme autoritaire est maître de la confection de ses plats, mais il entend aussi en contrôler la dégustation.

Dans la salle du rez-de-chaussée, ce soir-là, le grand-duc Vladimir dîne avec la grande-duchesse. Il va sans dire que la vaisselle la plus fine a été sortie pour l’occasion. Le grand-duc, qui est un fin gastronome, a composé avec soin son menu. Connaissant ses goûts, Frédéric a imaginé un potage dont il est fier de la perfection.

Frédéric apporte lui-même le potage dans un silence recueilli ; le grand-duc, paraît-il, ferme les yeux pour savourer ce délice. La grande-duchesse ne perçoit pas l’intensité quasi religieuse du moment : elle poursuit la conversation ; le visage de Frédéric s’assombrit. Comment peut-on bavarder et goûter son potage, tout à la fois sans faire du tort à l’un ou à l’autre ? En l’occurrence à son potage. Il s’avance, le torse raide. Il s’incline devant la grande duchesse. Glacé, il prend la parole : « Votre Altesse, quand on ne sait pas manger un tel potage avec le respect qui lui est dû, on ne se permet pas d’en demander. » Et ce faisant, il retire l’assiette de la grande-duchesse. On imagine la stupeur des témoins. Fort heureusement pour la réputation du restaurant, le grand-duc donna raison à Frédéric.

Frédéric vieillissant voit-il ses talents décliner ? Est-ce seulement caprice de la mode ? Toujours est-il que, vers 1910, la « Tour d’Argent » n’est plus guère fréquentée. C’est alors qu’arrive de son Dauphiné natal, un jeune homme plus riche de talent que de fortune et sans qui n’existerait maintenant sans doute plus la Tour.

En peu de temps, André Terrail fait de nouveau tenir le haut du pavé au restaurant que lui avait vendu Frédéric. Il sait, écrit Georges de Wyssant, « transformer la vieille maison et la moderniser extérieurement tout en conservant les procédés culinaires consacrés par le temps ». En 1914, il réunit dans les cuisines du restaurant l’héritage gastronomique de Frédéric et celui du non moins illustre Adolphe Dugléré, maître-queux du « Café Anglais » sous le Second Empire.

tour d'argent

La guerre encore. La Tour ferme. La paix revenue, elle retrouve sa splendeur Alphonse XVIII vient dévorer le 40 312ème canard de la maison. Le livre d’or se couvre de signatures célèbres : Boris de Bulgarie, l’infant Don Juan d’Espagne, le maharadjah du Cachemire, Thomas Rockefeller, Franklin D. Roosevelt, Hearst le magnat de la presse, Charlie Chaplin et bien d’autres encore.

En 1925, la Tour d’Argent se transforme, le restaurant se couvre de boiseries. En 1936, André Terrail réalise un projet longtemps mûri: Hausser la tour d’un sixième étage, pour lui donner le plus bel environnement qui se puisse rêver. On n’imagine pas quelle audace il y avait à changer ainsi les habitudes, à compliquer le service par six étages de dénivellation entre la salle et les fourneaux.

On ne sait pas non plus quels prodiges d’architecture il fallut déployer pour bâtir sur des pilotis la grande salle aujourd’hui familière, dont le corps de bâtiment n’aurait pu soutenir tout le poids. Ce fut d’abord une terrasse ouverte, que l’on ferma ensuite avec des bâches, enfin par les immenses baies vitrées. La « Tour » prit peu à peu la structure qu’elle a gardée : on ouvrit la seconde salle, on transporta les cuisines au sixième, on installa un ascenseur un peu plus large que l’ancien. Ainsi, à force de minutie et de patience, la partie fut gagnée. Les belles dames acceptent d’enfermer tant bien que mal leurs fragiles atours dans l’ascenseur encore exigu, pour tout là-haut jouer les châtelaines : Paris, le vieux Paris de Notre-Dame, les entoure de toutes parts, comme les dames de jadis. Le miracle, c’est que pour révolutionnaire que soit l’innovation, elle s’inscrit dans la légende de la Tour d’Argent. Elle prolonge son destin, elle marque un lien de plus entre un présent qui toujours se renouvelle et un passé que sa qualité place hors du temps. Seule l’adolescence est « moderne », et seule la sénilité se raccroche aux souvenirs : changer sans renier un passé séculaire, c’est le secret d’une jeunesse éternelle. André Terrail l’avait compris : son fils Claude qui lui succède s’efforce de ne pas l’oublier.

La Tour continue à changer de visage sans pour autant changer d’âme. Claude Terrail fait redessiner la façade du restaurant par Cathelin. Celui-ci supprime le balcon du premier étage qui rompait l’ordonnance classique de l’édifice. Une grille du XVIIè Siècle, ayant appartenu à la duchesse d’Uzès, a été placée dans l’axe des six arcatures. Au-dessous, des lettres de bronze scellées écrivent le nom du restaurant. Le soir, six grandes lanternes, conçues dans le style de Versailles par Raymond Subes, le premier ferronnier de France, diffusent la lumière qui argente les murs gris.

En 1951, les caves de la Tour d’Argent, rendez-vous du tout–Paris, du soir et de l’après-midi, ouvrent leurs portes. Quai de la Tournelle, Claude Terrail rend hommage aux objets dont l’histoire a façonné une part symbolique importante de la gastronomie française en créant le petit musée de la table. Ce magicien de la restauration exerce également ses talents à l’étranger. Naissent successivement à New York puis à Tokyo le Restaurant La Seine et une seconde « Tour d’Argent». En 1985 s’ouvre finalement, face au restaurant, une boutique les Comptoirs de la Tour d’Argent.

Claude Terrail a compris comme son père que la Tour chaque jour est à réinventer.

Sur l’échiquier des années noires et blanches, rois, dames, cavaliers ont pris leur place ; les fous ont joué la diagonale, la Tour a gardé sa ligne droite.

tour d'argent

La Cuisine

Tandis que les premiers arrivants prennent place et lisent le menu, aux cuisines, pour l’instant c’est le calme, celui qui précède les tempêtes. Le Chef des Cuisines Laurent Delarbre, a pris le masque qui convient au commandant. A côté, le réfrigérateur où l’on garde les viandes parées que les chefs sortiront eux-mêmes, pour les distribuer. A droite, la verrerie et la sommellerie. A gauche, le chef rôtisseur, le chef saucier et leurs commis. En face, les argentiers, les plongeurs, les cafetiers, le chef pâtissier et ses aides. Au fond, le « froid »: casiers à 2° ou 3° où sont gardés les primeurs, les volailles, les bacs à poissons. Le chef du garde-manger relit une dernière fois l’inventaire préalable des ressources.

Dans ces lieux encore tranquilles va éclater cet extraordinaire charivari, qui tient à la fois de l’émeute et du ballet réglé, et qu’on nomme si justement le coup de feu. La porte s’ouvre. La commande a été prise, un exemplaire en a été aussitôt remis à la caisse, un autre va au « rang » qui servira, et le troisième au chef, qui le pique sur la planche dressée devant lui. La mécanique est déclenchée. « Deux couverts, deux! Deux soles, un caneton, deux pommes soufflées et deux valentinoises. »

Cette phrase a pris l’allure d’un verset de Claudel… Le commis, lui, est allé inscrire au tableau noir « 1 can. Pour 2 ». Aussitôt, un canardier soupèse l’un des volatiles arrivés ce matin même de Challans. La veille, la pauvre bête, en dépit de sa jeunesse–ou plutôt à cause de celle-ci (de six à dix semaines)-, a été sauvagement électrocutée puis plumée par des assassins. Ici, elle a été rôtie depuis déjà une vingtaine de minutes: le canardier s’en va maintenant la présenter au client avant le sacrifice rituel. Pendant ce temps, l’homme du garde-manger a tiré de leur bac deux soles meunières. Le second chef les trempe dans le lait, les retire, sel, poivre, et hop! dans la poêle avec une « poignée » de beurre. Les commandes affluent, maintenant. Tout le monde parle en même temps, se démène, s’irrite, fait des plaisanteries. Il y en a pour tous les goûts. « Chaud devant! » dit le commis qui se fraie un chemin en tenant à bout de bras une casserole fumante. « Cinq minutes! » demande l’autre d’un ton mi péremptoire, mi implorant. « Ma côte! » geint un commis comme si la sienne lui faisait mal, et le rôtisseur lui lance : « Vous reviendrez!… » « Je réclame », dit-on encore pour signaler qu’un plat est prêt à être enlevé.

Le chef domine le tumulte en récitant ses fiches comme des litanies. Mais l’essentiel de son travail n’est pas dans ces annonces; en peu de mots, il règle tous ces chassés-croisés, assure la coordination entre la salle et la cuisine, surveille les provisions qui diminuent, fait prévenir les maîtres d’hôtel s’il ne reste plus de turbot ou de filet mignon. Ou si la demande est trop forte: à eux de guider, par une diplomatie subtile, le choix du client, d’éviter les menus trop complexes. Parfois, histoire de donner des sueurs froides à tout le monde, le chef feint de refuser une préparation. Vous ne me croirez peut-être pas, mais cela prend à tous les coups!

D’autres fois, c’est vraiment la catastrophe! Le soufflé vient de s’effondrer. Ou bien c’est une commande qu’on a oubliée d’exécuter. Alors notre chef se fait magicien: il a le génie des situations désespérées. Il bat le rappel, permute les postes, met lui-même la main à la pâte; il va, vient, ordonne, corrige, encourage, enguirlande, invoque les dieux ou les blasphèmes, maudit les clients, les cuisiniers, le gouvernement et la Tour, et, quand chacun a eu son lot d’injures, le miracle s’est accompli.

De tout cela, on n’a rien su en la salle. Les cuisiniers, officiers des machines, sont les maîtres d’énergie: l’amour de leur métier les maintient à l’écart des honneurs. Poètes peut-être, mais sans le savoir, toujours en proie au doute, ils savent qu’ils ne vous connaîtront souvent que pour un blâme. Prenez donc, désormais, le temps de visiter ceux qui, dans les cuivres, les ardeurs des fourneaux, modestes, effacés, gardent l’incognito…

tour d'argent

Les Caves

Ecoutez, c’est le vin qui parle:

 » Homme, mon bien-aimé, je veux pousser vers toi, en dépit de ma prison de verre et de mes verrous de liège, un chant plein de fraternité, un chant plein de joie, de lumière et d’espérance… Entends-tu s’agiter en moi et, résonner les puissants refrains des temps anciens, les chants de l’amour et de la gloire. Je suis moitié galant et moitié militaire. Je suis l’espoir des dimanches. A nous deux, nous ferons un Dieu et nous voltigerons vers l’infini, comme les oiseaux, les papillons, les fils de la vierge, les parfums et toutes les choses ailées ». Charles Baudelaire Les Fleurs du Mal, Extraits.

Entre l’homme et le vin, l’affinité est très profonde. Aux grands événements de l’aventure humaine, le vin est chaque fois présent: Présent à l’amour, présent à la guerre, – vin de la joie et du courage – vin des jours de colère et de la réconciliation – vin pour la gloire des héros – vin, aussi, pour l’honneur de Dieu…

Le vin est un seigneur dont la noblesse vient de loin. Dans l’histoire ou dans la légende, tout commence par l’échanson…

L’échanson de la Tour d’Argent !… C’est un homme comme les autres, du moins peut-on s’y laisser prendre. Des caves, il connaît les secrets, en prévoit les détours qu’il compense d’une imperceptible inclinaison du corps; Il sait toujours ou sommeille la bouteille introuvable.

David Ridgway, sommelier émérite, conservateur en chef de ce musée vivant, gardien jaloux de ces trésors liquides qu’il livrera peut-être à votre bon plaisir s’il les juge dignes de vous, au jour et à l’heure qu’il aura lui-même fixés. Il sait qu’une longue patience donne à chaque bouteille son génie. Mille et mille flacons, ici, prennent le temps de réfléchir à l’honneur de paraître un jour sur votre table. Respectez leur méditation !

La Tour d’Argent s’enorgueillit de posséder la cave techniquement la plus parfaite de Paris. Les trésors glorieux des celliers, les flacons de haute mémoire trouvent dans les caveaux leur écrin d’élection. Parmi les 420 000 bouteilles qui y reposent voici quelques trophées, pièces de collection ou spécimen choisis d’années incomparables. Tous ces trésors furent sauvés de l’occupation allemande durant la seconde guerre mondiale par Claude Terrail qui mura de ses mains-mêmes une partie des caves dans la nuit du 14 juin 1940. Le Château Citran 1858, est le plus ancien des vins de notre cave. À sa gauche, un Château Siran 1865, millésime prestigieux ! Sur ce flacon empoussiéré, c’est un Château Gruaud-Larose, la date se lit mal : c’est 1870, l’année terrible, hélas, mais pour le vigneron du Médoc, une très grande année. Voici l’ancêtre des Blancs de Bordeaux, un Château d’Yquem 1871, cette année-là, c’est aux sauternes que les dieux et les cieux avaient réservé leurs faveurs. Plus sublimes encore, les cuvées de 1874, dont nous avons gardé un Château Rayne-Vigneau, ou 1893, que ce Château Guiraud représente assez éloquemment.

Mais c’est au Bourgogne surtout que nos caves sont consacrées. Voici, parmi tant d’autres illustres, les trois plus beaux fleurons des vendanges bourguignonnes de naguère: Un Chambertin 1865, un Clos Vougeot 1870, un Romanée 1874. Plus anciennes encore les fines. Déchiffrons : Fine Champagne, Logis de Servolles 1797, à ses côtés un Cognac, Clos de Griffier, 1788. Qui dit mieux… Mais voyez bouteilles étranges ! A dire vrai, elles contiennent un breuvage médiocre, un vin passé depuis belle lurette. Chacun de ces flacons eût jadis récompensé un exploit, eût servi de monnaie d’échange pour d’illicites transactions. Ce vin est  » le vin des Corsaires « . Cette collection : le trophée d’un flibustier vaincu.

Mais voici les deux joyaux de notre cave, deux fioles rarissimes: les deux bouteilles de Fine Napoléon qui faisaient légitimement l’orgueil d’André Terrail… Hélas, il n’y en a qu’une ! La deuxième fut dérobée par Pierpont Morgan, à la place une lettre d’excuse et un chèque en blanc qui lui fut retourné. Ainsi, les Caves de la Tour d’Argent sont peut-être le seul endroit au monde où un milliardaire ait jamais organisé un hold-up…

Mais… Entendez-vous ce bruissement de liqueur pétillante, vous le reconnaissez : c’est le vin de champagne qui libère ses bulles éphémères pour le rire et la gaieté…

Et la fête commence !
 » Pour moi, Claude Terrail, je vous le confie – oh ! Rien qu’à vous – la fête ne peut s’imaginer sans ses cascades scintillantes. C’est son feu d’artifice qui vous ouvre le bal, le bal des amis, des joies que l’on partage.

CHAMPAGNE, par ta grâce, au travers du cristal tout le monde a vingt ans, chacun a de l’esprit ; nos belles sont plus belles.
Depuis la Pompadour – Marquise, mille grâces – ton flot ne s’est jamais tari, ta vogue n’a fait que croître.
Chevaliers et Barons de Champagne, Messeigneurs, je ne saurais tous vous nommer: citer l’un serait oublier l’autre… Pour le plaisir et pour le goût de chacun, vous hantez les sommets : c’est tout l’esprit français par vous mis en bouteilles.
CHAMPAGNE, emplis mon verre, que je lève ma coupe.
CHAMPAGNE, à mes amours !
CHAMPAGNE, à mes amis !
et CHAMPAGNE, toujours ! »

De grâce, écoutez, bonne gens, le bien parler du sommelier. Ecoutez David, Patrick, Stéphane ou Philippe, de tous le plus jeune. Son oeil a jugé la robe, le brillant, la limpidité. Sa narine, parmi les 15 000 odeurs connues, reconnaît les odeurs fruitées : pêche, abricot, banane, – oui ! Ce sont des parfums de vin – et le bouquet floral, violette ou réséda, ou pivoine, ou tilleul et tant d’autres senteurs, musc, ambre, venaison, tabac, cuir de Russie. Sa langue et son palais enfin, lui fournissent non seulement les sensations de goût, mais aussi les sensations tactiles ou dynamiques, vous diront si le vin est lourd, long, aigu ; s’il est chaud, astringent, vigoureux ; s’il est ample, suave, ardent ; s’il persiste et combien de temps…

Tout ce savoir, amis, est à votre service; Tout ce travail, pour vous recommander VOTRE BOUTEILLE PARMI LES 420 000 AUTRES.

tour d'argent

Les Salons Particuliers

Au cinquième, l’oeil embrasse tout Paris : Paris des rois, Paris des quais, Paris aux cent clochers. Notre Dame est là en sa gloire de verdure, incroyable édifice de l’art et de la foi. Ancrée sous vos yeux, émergeant de la brume ou dorée par les feux du levant, la nef de la Cité est là. Nonchalante, elle se balance offrant à vos regards une poupe ouvragée : contreforts, arc-boutants, pinacles et murailles que la lumière détaille au fil du jour. La Seine enserre le vaisseau et caresse ses flancs. L’eau, la pierre et le ciel de Paris, c’est tout une harmonie qui perdure et que des agressions multiples ne peuvent altérer. Parfois, au coeur de l’hiver, au plus chaud de l’été, un mouvement semble s’amorcer. Est-ce possible ! L’île de la cité a largué ses amarres, va descendre le fleuve et, pourquoi pas, gagner les Amériques…

Illusions, certes, mais la Tour et nous, nous en tremblons encore.

Pour nous, les Saints de légende dorée, les assiégés, les bâtisseurs se mêlent aux vandales de tous les temps, aux colmateurs de brèches, aux préfets décideurs, aux doctes urbanistes. Tous, ils ont fait Paris et sa Cité. Par des actions diverses ou des efforts contraires, élevant, abattant, amputant, remembrant, ils ont réussi en l’ignorant peut-être ce tout merveilleux qu’on admire aujourd’hui ; un rêve réalisé.

Point n’est besoin de le dire, dans les petits salons de la Tour d’Argent vous serez comblés. Nous mettrons tout notre savoir-faire à votre disposition. Un mot de vous et nous nous chargerons de votre plaisir. Dans ce cadre choisi, vous pourrez goûter tout le bonheur que nous vous souhaitons.

Restaurant de La Tour d’Argent

15 & 17, Quai de la Tournelle

75005 Paris

Tél. +33 (0) 1 43 54 10 08

Fax. +33 (0) 1 44 07 12 04

Crédit photo : D.R

En savoir plus : http://www.latourdargent.com

Soyez le premier à commenter l'article "La Tour d’Argent"

Laissez un commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publiée


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.