Fanny Rey : « La cuisine n’est pas un métier réservé aux hommes »

Sur les 70 nouveaux étoilés du guide Michelin 2017, elle est la seule femme. A 35 ans, Fanny Rey offre sa première étoile à l’Auberge de la Reine Jeanne (Saint-Rémy-de-Provence), restaurant qu’elle dirige avec son compagnon Jonathan Wahid, champion de France des desserts. La finaliste de Top Chef 2011 se livre, après la cérémonie Michelin.

Fanny Rey Guide Michelin

Vous venez de recevoir votre première étoile. Quelle est votre réaction ?
Fanny Rey : C’est un moment énorme. Cette première étoile souligne l’engagement, et l’amour aussi, de toute une équipe. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’avoir cette formidable étoile sur ma veste, mais je l’ai eue grâce à plusieurs hommes.

Cette récompense va-t-elle changer votre quotidien ?
FR : Cette première étoile, c’est un rêve de gosse quand on est cuisinier, ça fait partie de notre ADN. Je pense que nous faisons aussi ce métier pour avoir des étoiles qui brillent dans les yeux. Les cuisiniers sont des artisans. Nous sommes toujours à la recherche de la perfection, que ce soit sur la beauté du produit, le plaisir, le partage, et l’amour que nous donnons en préparant une assiette. Etoile ou non, ce sera toujours pareil pour moi : je me lèverai le matin pour contrôler ces fameux bijoux que la méditerranée m’aura donnés.

Vous êtes la seule femme de cette édition… est-ce si difficile d’être une femme dans le monde de la haute gastronomie ?
FR : Les femmes arrivent, elles sont représentées et ce n’est pas un métier réservé aux hommes. Initialement, la cuisine était même plutôt un travail de femme. Personnellement, je n’ai jamais eu de difficultés en tant que femme, j’ai eu affaire à des chefs et des gens intelligents qui m’ont soutenue et qui m’ont fait avancer. C’est vrai que les femmes peuvent parfois être retenues par leur vie de maman. Moi j’ai eu la chance d’être suivie par ma belle-mère qui m’a aidée à garder mes deux enfants, parce qu’au restaurant il faut être présente le soir, le week-end, et pendant les vacances scolaires. Mon compagnon Jonathan Wahid est aussi un très fort soutien, il pilote toute la partie sucrée et m’aide sur le développement, la communication, c’est un peu mon “agent” (rires).

Pouvez-vous nous parler un peu de votre cuisine et des produits que vous aimez travailler ?
FR : C’est une cuisine basée sur les produits de la méditerranée, sur la Provence. Ce qui est aussi très important pour moi c’est d’apporter un plaisir équilibré, avec très peu de matière grasse animale, et peu de sucre. Je n’utilise pas de gélatine, pas d’exhausteur de goût ni de colorant, je mets le produit en avant, simplement. Je change ma carte tous les trois mois et, en trois mois, il y a tellement de produits qui viennent et qui s’effacent. La Saint-Jacques est un produit que j’affectionne énormément. Nous arrivons à la fin de sa saison en mars, mais d’autres produits formidables vont arriver. Nous attendons par exemple impatiemment les premières tomates.

Qui sont les chefs qui vous ont inspirée ?
FR : J’ai eu la chance de rencontrer, dès le début, de grands chefs qui m’ont soutenue et confortée dans mon choix, ma passion, que ce soit Michel Roth ou encore Sylvestre Wahid qui détient deux étoiles. Il y a un autre grand chef qui a malheureusement quitté la France mais qui m’a apporté beaucoup de choses, qui m’a sculptée, c’est Nicolas Le Bec.

Que diriez-vous à une jeune femme qui voudrait se lancer dans la course aux étoiles ?
FR : Sans hésitation, il faut y aller, il y a vraiment de la place pour les femmes !

Crédit photo : Wildbee Micallaf

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