Entre clichés et faux-semblants, percez les secrets du vin

Symbole du raffinement à la française, le vin fait partie – au même titre que la baguette – des emblèmes dont il est difficile de se défaire. Bien que cette boisson ancestrale s’impose comme l’un des symboles de notre patrimoine, clichés et faux-semblants perdurent sur sa fabrication et sa consommation. Prix, sexe, santé… nombreux sont les domaines où chacun pense avoir la solution. Alors, tromperie ou vérité ? C’est que nous allons tenter de déceler dans ce dossier « spécial vin ».

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Consommation, les jeunes boivent-ils plus que les autres ?
Huit français sur dix*. C’est le nombre de personnes – âgés de 15 à 75 ans – qui déclarent avoir bu de l’alcool au cours de ces douze derniers mois. Estimé à 5,5 verres par semaine, ce volume de consommation se réparti de manière très inégale entre les différentes générations. En effet, seulement 1 % des 15-24 ans boivent de l’alcool chaque jour contre 25 % des 65-75 ans. Bien que les jeunes boivent moins fréquemment que leurs aînés, ce sont en revanche eux qui boivent le plus en une seule prise avec une moyenne de 12,9 verres pour les hommes et 8,6 pour les femmes. Dans le détail, on observera que la consommation d’alcools forts représente près de la moitié du nombre de verres bus en totalité contre seulement, deux verres pour le vin. Avec l’âge, la consommation de bière et d’alcools forts diminue au profit de celle du vin qui atteint son apogée chez les hommes de 55 à 75 ans avec près de cinq verres bus lors d’une consommation festive. De manière générale, la consommation de vin n’a cessée de diminuer ces quinze dernières années (- 25 %)
pour atteindre près de 43 litres de vin par an et par habitant**. Aujourd’hui, elle se centralise en majorité lors des repas en famille et des apéritifs entre amis. Le volume de consommation a baissé en quantité, mais s’est recentré sur la qualité avec une production d’appellation d’origine protégée (AOP) atteignant près de 22,4 millions d’hectolitres, soit cinq fois plus que les vins de table.

Le vin bio, forcément de la piquette ?
En l’espace de quelques années seulement, le vin bio est passé d’un marché de niche à une nouvelle tendance de consommation. Il concerne aujourd’hui près de 8 % des vignobles français qui produisent un chiffre d’affaires d’environ 503 millions d’euros***. Apprécié pour son caractère naturel – sans utilisation d’OGM, de pesticides et d’engrais – il est le reflet du terroir sur lequel il a été élevé. Avec lui, pas de triche possible. Contrairement aux méthodes de vinification traditionnelles qui permettent aux producteurs de pallier à une terre parfois peu fertile, la transformation du raisin en vin bio laisse peu de place au sulfite. Seulement 100 mg/l pour un vin rouge et
120 mg/l pour un vin blanc et un vin rosé, soit en moyenne 35 à 40 % de moins qu’un vin classique. Face aux techniques d’élaborations qui progressent chaque année, peut-on imaginer des grands crus Bio ? Selon Marcel Lapierre, Jean-Paul et Charly Thevenet, Anselme Selosse ou encore Nicolas Joly, la réponse est oui. Précurseurs du vin sans soufre, ces producteurs sont revenus aux racines du goût, procurant à leur vin de véritables nuances. Aujourd’hui le vin bio devrait continuer à gagner du terrain parmi les appellations les plus prestigieuses. Parmi elles, le domaine de la Romanée-Conti et son propriétaire, Aubert de Villaine avait déclaré dans un documentaire diffusé sur France 3 en 2011 que les grands vins devaient forcément être bio, « je ne conçois pas qu’un grand cru puisse ne pas être bio. » De quoi convaincre les plus récalcitrants.

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Le vin rosé, une exception française ?
Longtemps critiqué, le vin rosé ne cesse de gagner du terrain dans les verres des français. Avec près de 9 millions d’hectolitres bus en 2013*, ils en sont les premiers consommateurs. Pour subvenir à cette demande croissante, désormais, la production hexagonale ne suffit plus. En effet, la France importe chaque année près de 2 millions d’hectolitres. Petit à petit, le rosé grappille des parts de marché en se hissant juste derrière le vin rouge (74,5 millions de caisses de 9 litres de rosé bues contre 150 de vin rouge). Le vin blanc ferme quant à lui la marche avec 43 millions de caisses. Cette attirance pour le vin rosé peut s’expliquer par une amélioration des techniques d’élaboration, et est aussi révélatrice d’une nouvelle tendance, celle des vins de rafraîchissement de type rosé-pamplemousse. Enfin, côté prix, pas de restriction. Comme l’assure François Millo, directeur du Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence, il est possible de se faire plaisir à partir de 3 €.

Le vin, une affaire de sexe ?
Les hommes et les femmes ont-ils les mêmes goûts en matière de vin ? En consomment-ils autant ? Ont-ils les mêmes connaissances ? Autant de questions auxquelles nous sommes aujourd’hui en mesure de répondre. Longtemps restées éloignées de cette boisson ancestrale, les femmes rattrapent désormais le temps perdu. En 2014*, elles étaient 84 % à avoir bu 2,8 verres par semaine** au cours des douze derniers mois. Contrairement aux apparences, les femmes ne font pas monter les ventes de vin blanc puisque 57 % d’entre-elles*** font le choix d’un verre de vin rouge pour accompagner leur repas. Avides de nouvelles découvertes, les femmes n’hésitent pas à tester de nouveaux crus tant qu’ils s’accordent avec justesse avec ce qu’elles mangent, nous explique Magali Sulpice, chef-sommelière au restaurant Jean Sulpice** (Val-Thorens). Plus tranchants, les hommes préfèrent quant à eux rester dans la maîtrise avec des appellations qu’ils connaissent et apprécient. Tandis que le volume de consommation des femmes reste inférieur à celui des hommes (1,7 verres par jour contre 2,8), il semblerait que le vin soit pour elles un marqueur social. Selon une enquête publiée par l’OCDE en mai dernier, leur consommation augmenterait en fonction de leur niveau d’éducation. Chez les hommes, le phénomène s’inverse.
Vous souhaitez en savoir plus sur les différences hommes et femmes qui régissent la consommation du vin ? Retrouvez notre interview exclusive de la sommelière Magali Sulpice sur www.arts-et-gastronomie.com.

Le vin, un atout santé ?
Boire ou vieillir, il faut choisir ! Si pendant longtemps, les partisans de l’abstinence affrontaient ceux propices à une consommation de vin rouge modérée, il semblerait que plusieurs études soient en voie de confirmer cette seconde hypothèse. Présent dans le restravesnol – un composant des polyphénols que l’on retrouve dans le vin rouge mais aussi dans le chocolat – une enzyme activerait certains de nos gènes protecteurs. En plus de ses propriétés anti-oxydantes, cette protéine active les cellules responsables de notre longévité en luttant notamment contre l’apparition de tumeurs, la prolifération de cellules cancéreuses et ralentirait la destruction de cellules liées à la maladie d’Alzheimer. Pour cela, préférez les vins siglés bio ou naturels, sans dioxyde de soufre, ni pesticides. Si toutes ces vertus ouvrent de nouvelles perspectives, n’oublions pas que le vin est une boisson qui se consomme avec modération. Au-delà de trois verres par jour, le risque de mort précoce augmente de 47 % pour les hommes et de 89 % pour les femmes.

Crédit photo : Christophe Rolland - Shutterstock // yda Productions - Shutterstock

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