On passerait devant presque sans s’en apercevoir, à moins de lever les yeux et de regarder le bélier en bronze argenté fixé au-dessus de l’entrée. Au-delà des deux battants, la perspective donne sur une enfilade de pièces mystérieuses. Rien de plus ne filtre. Il en est ainsi de ces adresses confidentielles que l’on se chuchote à l’oreille, afin de les partager en huis clos ou de les garder secrètes, le plus longtemps possible.
L’adresse du lieu, au coeur des plus belles galeries d’art et d’antiquaires de la capitale, n’est certes pas anodine. En remontant la rue Bonaparte, la promenade mène à l’église Saint Germain des Près et aux cafés des Deux Magots et du Flore. Au bout de la rue des Beaux Arts, l’école des Beaux Arts affiche sa façade ainsi que sa cour sculpturales et un peu plus bas à droite, la Seine, le quai Voltaire et le Louvre…
Un lieu préservé, luxueux et discret
Une fois le seuil de l’établissement franchi, Paris semble loin, et si près aussi. D’emblée, la magie opère. On se sent accueilli, protégé, presque chez soi. Le sentiment de plonger dans un roman de Francis Scott Fitzgerald plane alors comme une douce étreinte.
L’un des plus célèbres clients fut d’ailleurs Oscar Wilde qui trouva ici un point de chute capable de panser ses blessures, après ses années d’emprisonnement en Angleterre. A la fin de sa vie, malade et abandonné de tous, il ne quittait plus son lit et les droits d’auteur perçus pour ses romans pourtant amplement publiés, n’arrivaient même plus à payer ses dettes. Dans sa chambre, une lettre du directeur de l’époque, Jean Dupoirier, lui demandant de régler sa note et ses frais de toilette, a été mise sous verre. « Je meurs au-dessus de mes moyens » dira l’écrivain le jour où il quittera cette terre.
Sa chambre baptisée de son nom, la numéro 16, possède un bow-window donnant sur une terrasse qui n’existait pas à l’origine. Au mur, une fresque en émail émeraude représentant des paons est la réplique de celle qui figurait dans sa salle à manger à Londres. La tête de lit, ornée de cygnes, participe à la poésie du lieu.
Comme toute adresse qui attire dans ses filets les étoiles, L’Hôtel a accueilli de nombreuses personnalités du monde de l’art, du cinéma et du show business qui firent de cet établissement placé au coeur de la capitale, loin des fastes, leur villégiature parisienne préférée. Mistinguett, Jean Cocteau, Jim Morrison, Jorge Louis Borges, Ava Gardner, Grace de Monaco, Liza Minelli, Salvador Dali, Nathalie Wood… et aujourd’hui, Annie Leibovitz, Monica Bellucci, Susan Sonntag… trouvent toujours autant dans ce lieu préservé, luxueux et discret, quelque chose de rassurant.
Un air de bel canto
A l’intérieur, le temps semble s’être arrêté. Le bruit de la ville est derrière, comme emmitouflé dans une gaze. Dans le lobby, des fresques peintes à la main donnent aux murs un air de bel canto, les canapés Napoléon III recouverts de velours à rayures côtoient des meubles néo-classiques aux lignes graciles. Sur les murs, des gravures de Jean Cocteau diffusent leurs ondes légères. Les colonnes dorées par Alain Pouliquen (il a également travaillé pour le palais Garnier) rythment les murs de l’atrium néoclassique, que certains touristes se risquent même de visiter sous l’oeil complice du concierge. Décorée au dernier étage d’un spectaculaire miroir baroque, cette célèbre cage d’escalier est un puits de lumière ponctué d’ouvertures. Aussi belle et vertigineuse que la tour intérieure d’un palais florentin. Au bar, des appliques de bronze diffusent une lumière tamisée sur les murs habillés de taffetas plissé. Dans cette pénombre ouatée, les visages se lissent, les conversations se font à voix douce, les heures deviennent proustiennes. Tout est alors une question d’éclairage, de dosage, de délicatesse.
Au restaurant, la lumière naturelle provenant d’une verrière caresse les tables et les fauteuils Empire. Le soir, les lanternes orientales descendant du plafond nimbent le lieu d’une nouvelle lueur safran. Les fenêtres habillées de taffetas de soie donnent sur un petit jardin extérieur, où quelques tables sont installées pour profiter des beaux jours. Dans le jardin murmure une fontaine réalisée selon les plans de Claude-Nicolas Ledoux. Le temps suspend son vol. On ferme alors les yeux, on rêve, on se laisser envahir par la magie du lieu…
Un restaurant gastronomique
Récompensé d’une étoile au guide Michelin, le restaurant Le Restaurant accueille depuis le mois d’avril 2011 une nouvelle équipe. Le nouveau chef Julien Montbabut apporte un twist de modernité et un zeste de légèreté à travers sa nouvelle et courte carte de saison. L’équipe s’emploie à servir au mieux la clientèle et la cuisine du Restaurant, sublimée par ailleurs par la beauté des lieux. L’Hôtel est dirigé par le jeune et dynamique Julien Révah.
L’Hôtel
13, rue des Beaux-Arts
75 006 Paris
01 44 41 99 00







